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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 10:56

 

Des interrogations scientifiques demeurent, tout comme les problèmes de conservation qui se sont accrus ces dernières années, du fait d’une surexploitation mettant en péril le devenir du site : le tourisme sauvage en est la première cause.

Le site antique de Thamugadi est situé au pied nord des Aurès, massif montagneux du nord-est de l’Algérie. 


   Après avoir été signalé au XVIIIe siècle par les premiers voyageurs européens en Afrique du Nord et prospecté par les épigraphistes en quête d’inscriptions, le site sera fouillé systématiquement à partir de 1880 sous la direction puis le contrôle, de plus en plus distant au fil du temps, des architectes des services des monuments historiques. Ces fouilles qui se poursuivront jusqu'à la veille de l’indépendance nationale en 1962 eurent pour objectif de dégager la ville à partir des principaux monuments reconnus (forum, théâtre, capitole, marchés et grands thermes). On a eu recours aux détenus du pénitencier de Lambèse (l’antique Lambaesis) tout proche et à des ouvriers saisonniers recrutés parmi les paysans des alentours. Cette archéologie “balbutiante” à la recherche de monuments, d’inscriptions, statues et autres beaux objets dignes de figurer dans les musées s’exécuta à coups de tombereaux de déblais au détriment d’une connaissance de toutes les phases de l’évolution de la cité, notamment en ce qui concerne les périodes postérieures aux occupations romaine et byzantine. Jusqu'à nos jours, les spécialistes dans différentes spécialités continuent d’en pâtir, vu que la lecture du site est tributaire de ces anciennes fouilles, quelque peu sans normes. C’est sans doute le prix qu’il fallait payer pour que le site émerge, se détache dans le paysage et soit épargné par l’implantation d’un habitat moderne. 

 

La fondation
 

   Timgad l’antique, Thamugadi, fut fondée l’an 100 après J.-C., sous le règne de l’empereur Trajan, sur la longue voie romaine qui longe les Aurès par le nord. Les ingénieurs de la IIIe légion, auguste corps d’armée dont le quartier général s’établira à Lambaesis (Tazoult), lui donnèrent un plan en damier, d’une superficie de 11 ha, où de part et d’autre des deux voies principales bordées de portiques : le decumanus maximus d’est en ouest et le cadro maximus du nord au sud. Les rues se coupent à angle droit, déterminant des îlots d’habitations de 20 mètres de côté. La ville primitive était entourée d’un rempart interrompu par des portes au passage des deux voies principales. Au centre de la ville, le forum regroupe autour d’une grande place à ciel ouvert les principaux édifices publics. La curie (conseil municipal), les services municipaux, le temple impérial, la basilique (servant à la fois de tribunal et de chambre du commerce), des boutiques. Et tout contre, au sud, le théâtre abritait différents spectacles. Dès la seconde moitié du IIe siècle, la ville connut un essor et le besoin accru en terrains l’obligea à déborder de son cadre initial et à s’agrandir. C’est ainsi que de nouveaux quartiers virent le jour en s’affranchissant du quadrillage originel : des temples, de grands thermes publics et un marché furent implantés tout autour, et de nouvelles portes reculèrent l’étendue de la ville qui connaîtra son apogée au IIIe siècle, alors qu’à l’intérieur du périmètre primitif, les constructions furent réaménagées pour donner naissance entre autres à une bibliothèque publique, un marché et des demeures plus vastes et plus luxueuses. Au IVe siècle, la ville n’échappera pas aux conflits religieux qui bouleverseront l’ensemble de l’Afrique du Nord. Elle sera même un des principaux centres du schisme donatiste, comme en témoignent, d’une part, les textes, et d’autre part, la présence du quartier épiscopal du faubourg occidental. Au Ve siècle, Thamugadi fut occupée par les Vandales, qui mirent fin à l’empire romain. La cité fut détruite peu avant la reconquête byzantine au VIe siècle, et ses monuments dépouillés, pour servir à la construction de la forteresse byzantine au sud de la ville sur un grand sanctuaire des IIe et IIIe siècles. La présence byzantine s’achèvera au VIIe siècle avec l’arrivée des musulmans, et la vie urbaine déjà bien réduite à Thamugadi se détournera vers d’autres centres dans la région (Baghaï, Tobna, etc.). La cité antique que des siècles d’occupation avaient sans cesse modelée sera recouverte par les terres, ne présentant plus que l’aspect d’un vaste champ de ruines émergeant çà et là, jusqu'à ce que les fouilles archéologiques entreprises de 1880 à 1962 en remettent au jour une grande partie : la ville de l’époque de Trajan, quelques-uns des faubourgs et des nécropoles qui environnaient l’agglomération de toutes parts.

 

De nos jours
 

   Le site archéologique de Timgad est régi par un plan de protection et de mise en valeur (PPMVSA) : un instrument juridique et technique qui détermine toutes les actions de conservation et de gestion du bien. L'Office de gestion et d'exploitation des biens culturels (OGEBC) est l'organisme de gestion de ce bien. Il réalise toutes les missions de service public de protection, d'entretien, d'inventaire et développe des programmes de valorisation et de promotion. 

 


   L'OGEBC réalise son programme de protection et de gestion du site en collaboration avec la direction de la culture de Batna, qui est dotée d'un service chargé du patrimoine culturel. Le cadre juridique et de gestion comprend les lois 90-30 (loi domaniale), 98-04 (relative à la protection du patrimoine culturel), 90-29 (relative à l'aménagement et à l'urbanisme), et le plan directeur d'aménagement et d'urbanisme (PDAU) de la commune de Timgad. Cependant, les interrogations scientifiques demeurent, tout comme les problèmes de conservation qui se sont accrus ces dernières années du fait d’une surexploitation mettant en péril le devenir du site : le tourisme sauvage en est la première cause (les excursions scolaires non encadrées). Même si l’organisation du festival de Timgad n’a plus lieu au sein du site même (théâtre antique), les séquelles et dommages sont encore visibles (beaucoup de fissures et d’éboulement n’ont jamais été pris en charge), et le site continue de souffrir, sachant que le nouveau théâtre réalisé, il y a quelques années, pour l’organisation de nouvelles éditions du festival de Timgad, montre déjà des signes de faiblesse (affaissements). En plus d’être mal situé, il contraste avec le décor antique, car sans aucune harmonie ni étude, selon les spécialistes. Le musée de Timgad reste fermé au public depuis plusieurs années. 

 

   Selon le responsable du service du patrimoine à la direction de la culture, le lieu restera encore fermé, tant qu’il n’a pas été mis aux normes à tous les points de vue (construction et sécurité des collections exposées ainsi que la sécurité des visiteurs), car le lieu menace ruine depuis sa fermeture en 1993, précédé d’un vol d’objets précieux.

 

Rachid Hamatou

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